J'écoute : Charlie Winston, des trios pour piano, violon et violoncelle de Beethoven Je regarde : Mon chat se lover près de moi Je lis : Bertrand Westphal ("Le monde plausible"), Pierre-Yves Beaurepaire ("La France des Lumières [1715-1789]"), Umberto Eco ("Le cimetière de Prague"), Jean-Marie Bouissou (dir.) ("Le Japon contemporain") Je bois : Du thé Je cite : "J'admire ceux qui avec orgueil s'aventurent froidement sur les sentiers de la grandiose et satanique beauté et méprisent "l'humain", mais je ne les envie pas. car s'il est bien une chose qui puisse faire d'un littérateur un poète, c'est bien ce mien amour de bourgeois pour l'humain, le vivant et le banal. C'est de cet amour que provient toute chaleur, toute bonté, tout humour, et je ne suis pas loin de croire que c'est là cet amour dont il est dit dans les Écritures que si on ne l'a pas, on pourrait parler les langues des hommes et des anges sans rien être qu'un airain sonore et une cymbale retentissante." (Thomas Mann, "Tonio Kröger") Je rêve : d'un concert que je donnerais où je pourrais me taire pendant deux heures et que personne ne s'ennuie (Julos Beaucarne) (mis à jour dimanche 18 décembre 2011 à 15:55)
Retour d'Auschwitz, tard hier soir. Le silence d'abord, plus que l'envie de me répandre sans ce journal. Et la volonté de ne présenter que cette photographie de l'entrée du camp de Birkenau (j'étais en voyage d'études, pas en vacances dans un camp de loisirs).
Les photographies de la vie des camps de concentration étaient exceptionnellement autorisées, et faites par les SS, qui étaient en charge de l'organisation et de la gestion des camps. Les brimades, les expériences médicales, la torture, la faim, les exécutions, l'extermination, la mort : rien de cela ne devait être montré, puisqu'officiellement il s'agissait de camps de travail visant la rééducation (Arbeit macht frei était-il écrit en lettres de métal à l'entrée de Dachau, d'abord, mais aussi à celle d'Auschwitz I).
Sur France 2, mardi 24 à 22 h 45, on pourra regarder Album(s) d'Auschwitz, un documentaire sur l'histoire extraordinaire de l'Album d'Auschwitz, ces photographies découvertes par Lili Jacob à Dora en avril 1945, après son transfèrement d'Auschwitz, au moment où les SS quittaient le camp à l'approche des alliés, où elle retrouva photographiés sa famille, des gens de son entourage, etc., lors de leur arrivée dans le camp de Haute-Silésie en mai 1944, et de l'album légué en 2007 par Karl Höcker, adjoint au commandant du camp, sur la vie des SS à Auschwitz.
Il est impossible de n'avoir pas entendu parler de Charlie Winston. Ce Britannique de 33 ans a été connu mondialement grâce au succès de son album Like a Hobo, publié en 2009 par le label français Atmosphériques, vendu à plus de 600 000 exemplaires, le titre faisant référence aux travailleurs nomades américains et à leur mode de vie, libéré de toute contrainte matérielle. De nombreux titres ont obtenu une grande audience sur les radios et les chaînes de télévision musicales (In your hands, I love your smile, Secret girl).
Très talentueux, pianiste de jazz à l’origine, il avait composé avant d’avoir 20 ans des musiques de ballet, de film et de théâtre. Il avait publié son premier album (Make Way) en 2007, auto-produit sous le label Real World, à son retour d’un voyage en Inde et fut remarqué par Peter Gabriel, qui l’avait emmené avec lui faire les premières dans ses tournées. La musique pop britannique, le folk, le jazz, la soul sont ses inspirations et une grande partie de son registre.
Charlie Winston vit à Paris. Cet homme bourré de talent, généreux, à l’allure vestimentaire soigneusement étudiée, est terriblement beau gosse – et le sait – : son seul défaut ? Il est et se déclare hétérosexuel… ☺
Son nouvel album, Running Still, est dans les bacs et téléchargeable depuis le 21 novembre 2011. Dores et déjà, j’écoute Hello Alone en boucle, mais aussi d’autres titres, dont The Great Conversation et Unlike me. Voici deux vidéo-clips de la chanson Hello Alone. Dans le premier, Charlie Winston (craquant) explicite la chanson et l’on peut voir son enregistrement. Dans le second, la chanson est mise en scène de façon drôle et efficace.
C’est mon cadeau de noël aux pédélecteurs de Gayattitude.
Que m'arrive-t-il donc pour que je publie le troisième article consécutif sur la mort d'une personnalité ? Celui-ci, vous le comprendrez, n'est pas un hommage. Après la présentation du dirigeant et de son action, il comporte l'évocation d'un souvenir de mon séjour à Vienne, que je n'avais pas narré dans ce blog.
Le président du Comité national de la défense et donc « Dirigeant suprême » de la République populaire démocratique de Corée, secrétaire général du Parti du Travail de Corée, est mort. Kim Jong-il, qui a succédé en 1994 à son père Kim Il-sung, le « président éternel », selon la constitution nord-coréenne, dirigeant de 1948 à 1994, est décédé d’une crise cardiaque consécutive à un « épuisement physique et mental » selon la télévision officielle. Son fils, Kim Jong-un, est désigné pour assurer ses fonctions de « Cher leader ». Le deuil national ne durera que douze jours (contre trois ans pour le « président éternel »).
Le dernier régime communiste de type stalinien, fondé sur les idées du Juche, mélange de marxisme-léninisme et de nationalisme à la sauce coréenne, assure ainsi la transmission du pouvoir suprême de père en fils. On retiendra du « règne » de Kim Jong-il l’accession de son pays à l’arme nucléaire, alors que ce dernier a subi une famine qui a provoqué la mort de près d’un million de personnes de 1995 à 1999 et a dû faire appel à l’aide alimentaire internationale, notamment celle de la Corée du Sud et des États-Unis d’Amérique (en 2007, en 2008 et encore en 2011, pour les dernières années). La situation économique catastrophique, liée aux impasses de la planification centralisée et du collectivisme, a donc obligé l’État à faire quelques entorses aux principes du Juche, en particulier par un recours partiel à l’économie de marché depuis 2002, et une dépendance croissante à l’égard de la Chine, qui a ouvert de nombreuses zones économiques frontalières permettant l’emploi de la main-d’œuvre bon marché nord-coréenne.
Ces quelques nouvelles connues de chacun mises à part, je garderai le souvenir personnel de la première exposition d’art pictural nord-coréen organisée en Europe, à laquelle je me suis rendu pendant l’été 2010 au MAK, le Musée des arts appliqués, lors d’un séjour à Vienne, en Autriche. Elle était intitulée « Des fleurs pour Kim Il-sung. Cinquante ans d'art nord-coréen », son titre faisant référence à la célèbre toile de Boris Vladimirski, « Des roses pour Staline ».
Les mesures de sécurité étaient drastiques et l’on ne pouvait approcher les tableaux représentant le « président éternel » ou son fils, le « cher leader », qu’un cordon séparant le couloir de circulation des salles où ils étaient exposés et une surveillance de tous les instants éloignaient des visiteurs. Sans doute, l’air inspiré et la moue de profonde contemplation de quelques intellectuels à l’allure germanopratine, sortes de réincarnations d’un Barthes ou d’un Sollers de la grande époque de l’aveuglement maoïste, devaient-ils confirmer la splendeur des œuvres accrochées.
Hélas ! Rien d’autre que des toiles d’un classique réalisme socialiste, glorifiant Kim Jong-il, le « dirigeant suprême », en action, ou figurant l’œuvre joyeuse d’édification du bonheur des masses (chantiers, militaires bénéficiant de royaux festins, villes à l’architecture socialiste futuriste, travailleurs heureux, etc.). Le pire, dans tout cela, est que seuls mon Kosmo et moi fument pris de fou rire en regardant toutes ces croûtes.
Sans doute, aujourd’hui, pensant au peuple nord-coréen enfermé dans sa glorieuse prison « socialiste », me dis-je qu’il s’agissait, aussi, de « cette mâle gaieté, si triste et si profonde, que lorsqu’on vient d’en rire, on devrait en pleurer ».
Václav Havel s'adressant à la foule pendant la « révolution de velours » en novembre 1989
Décidément, ce blog, qui n’en finit pas de mourir, ne renaît de ses cendres depuis quelques jours que pour commémorer les morts.
Aujourd’hui, c’est Václav Havel qui s’en est allé. Je ne connais pratiquement rien de l’œuvre du dramaturge ; celle de Milan Kundera m’est bien plus familière. C’est donc au combattant de la liberté que je veux rendre hommage. Privé d’études universitaires par le régime communiste parce que ses parents étaient issus de la bourgeoisie praguoise, c’est alors par des cours du soir que cet « ennemi de classe » réussit à obtenir son baccalauréat, puis un diplôme d’économie, alors qu’il était apprenti technicien.
Sa lettre ouverte au président Gustáv Husák en 1975, puis la co-fondation et l’animation de la Charte 77, pétition d'intellectuels réclamant l’application des Droits de l’Homme en Tchécoslovaquie, le conduisent en prison. À la tête du Forum Civique, après avoir été libéré en mai 1989, Václav Havel devient l’un des principaux artisans de la « révolution de velours » qui, en novembre et décembre, fait s’écrouler le régime communiste.
Élu président de la République tchécoslovaque, cet humaniste permet, depuis le château de Prague, la partition en douceur du pays, à laquelle il était pourtant opposé, et devient ainsi en janvier 1993, pour dix ans, le premier président de la nouvelle République tchèque.
Salut, donc, à un homme de courage et de convictions, qui a été l’artisan d’un des grands moments de l’histoire de la fin du XXe siècle. Grâce à lui, entre autres, « L’Occident kidnappé » (pour reprendre la formule de Milan Kundera) a été libéré et a repris sa place en Europe.
Je suis exaspéré par tous ces journalistes qui évoquent les "marchés financiers" qu'il convient de ne pas décevoir ou de rassurer.
Mais les marchés ne sont pas des personnes. Ce sont les opérateurs sur les marchés financiers qui sont en question : en d'autres termes, des gens, peu nombreux, spéculateurs et cadres dirigeants d'entreprises, de banques, de fonds spéculatifs, et/ou propriétaires de capitaux.
C'est à eux qu'il convient de se soumettre, ce sont eux qui dictent qui doit conduire tel ou tel gouvernement, quelle politique économique mener, combien de personnes il faut mettre au chômage, quel niveau de réduction des salaires, des emplois publics, de protection sociale établir, qui favoriser sur le plan fiscal et qui accabler.
La démocratie est confisquée et, après que les États les ont sauvés de la faillite qu'ils ont provoquée par leur bulle spéculative et leurs produits financiers toxiques, il faut que ces opérateurs saignent à blanc les populations.
Moi qui suis loin d'être un gauchiste, dont je n'aime ni les discours ni les pratiques, et qui ne crois pas en leurs solutions, je suis bien obligé de faire ce constat.
Premier acte dans le processus qui doit conduire à nous défaire de Nicolas Sarkozy à la présidence de la République et à élire un président et une majorité de gauche en 2012, j'ai voté ce matin après avoir fait mes courses au marché. Près de 40 minutes d'attente en raison d'une forte affluence (plus d'une soixantaine de personnes était devant moi).
Comme je l'avais annoncé il y a deux mois, je me suis prononcé en faveur de Martine Aubry. Quel que sera le candidat désigné par les électeurs de gauche le 16 octobre, je lui apporterai mon soutien. Il convient que M. Sarkozy soit un père à plein temps.
Claude Guéant, l'immigration, les Comoriens et les statistiques
On savait Claude Guéant friand de fausses statistiques ou de lecture erronée des statistiques pour justifier un discours jetant l'opprobre sur les immigrés : le ministre de l'Intérieur, un des piliers du dispositif du président Sarkozy, laboure le terrain en vue de la récolte des voix d'extrême droite au second tour de l'élection présidentielle de 2012.
Après les contre-vérités sur les taux d'échec scolaire des enfants d'étrangers ou d'immigrés, après la mise à l'index des mineurs roumains, sur un fond de réalité qu'il amplifie à dessein – dans la mesure où désigner des boucs émissaires aurait pour vertu de faire oublier les échecs en matière d'emploi, de justice sociale, de performance économique, de sécurité et d'éducation –, voici la communauté comorienne devenue la nouvelle cible de M. Guéant.
Lors de l'émission Le Grand jury RTL-Le Figaro-LCI du 11 septembre 2011, le ministre de l'Intérieur a déclaré, après avoir dû constater le bilan en demi-teinte de la lutte contre l'insécurité à Marseille : "Il y a une immigration comorienne qui est la cause de beaucoup de violences. Je ne peux pas la quantifier".
Comme le rappelle Le Monde, si les statistiques ethniques sont interdites en France, les autorités judiciaires et policières ont la possibilité d'établir des statistiques sur l'origine ethnique des délinquants à partir des renseignements fournis sur les fiches du Système de traitement des infractions constatées (STIC). Ainsi, de sources policières, entre 6 et 8 % des affaires de violences et de vols recensées à Marseille seraient le fait de personnes d'origine comorienne à Marseille. Et, selon le ministère de l'Intérieur, 6,5 % des infractions relevant de la criminalité organisée à Marseille serait dus à des personnes de la communauté comorienne. Or, selon la municipalité UMP de Marseille, 80 000 Marseillais (soit 9,4 % des 852 000 habitants de la ville) seraient d'origine comorienne.
Dans quelle mesure les propos du ministre de l'intérieur relèvent-il d'un jugement "au nez", baignant dans les odeurs nauséabondes de la xénophobie ?
Article d'Angela Bolis, paru dans "Le Monde" le 09/09/2011
"Elle était assise dans une rame de métro et a vu par terre un portefeuille. Elle l'a ramassé. Dedans, il y avait un papier d'identité dont la photo correspondait à un homme noir assis pas loin, alors elle est allé lui rendre. (…) Le type lui a dit "évitez les transports en commun le jour de Halloween", puis il est descendu de la rame. Troublée, elle est allée au commissariat raconter son histoire, les policiers lui ont montré plusieurs photos de personnes soupçonnées d'être des intégristes. La photo du type était dedans."
Cette rumeur "du portefeuille", retranscrite dans un article du politologue Emmanuel Taïeb, a circulé par mail jusqu'à la France après le 11 septembre 2001. Comme bien d'autres, certaines à caractère antisémite, d'autres ésotérique : 4 000 employés israéliens auraient été prévenus de l'attentat et ne seraient pas venus travailler le jour J, le numéro de l'avion était codé, un visage de satan serait apparu dans un nuage de fumée s'échappant des tours…
À côté de ces bruits, des théories dites "du complot" se sont échafaudées : la démolition des tours jumelles aurait été provoquée par des explosifs, le bâtiment du Pentagone, à Washington, détruit par un missile… Autant d'éléments démentis par un examen rigoureux des faits, mais qui, mis bout à bout, convergent vers une même logique : un refus de la version officielle de l'événement, pour soupçonner la puissance américaine – avec la CIA en première ligne –, qui se serait retournée contre elle-même. Sept ans après, en septembre 2008, deux sondages indiquent que plus d'un quart des Français et 54 % des habitants de 17 pays croient que ce n'est pas Al-Qaida qui a causé les attentats.
"RÉDUIRE L'ANGOISSE"
"Le 11-Septembre n'a pas révolutionné l'histoire de la rumeur", estime Frédéric Monier, universitaire spécialiste de l'histoire du complot. Ces bruits n'ont pas attendu l'attentat pour courir de bouches à oreilles et, désormais, de blogs en mails. Avec, parfois, des ressemblances troublantes : l'histoire du portefeuille fait écho, note l'article d'Emmanuel Taïeb, à plusieurs rumeurs qui circulaient à la fin de la seconde guerre mondiale. En substance : dans un train, une femme fait tomber son porte-monnaie. Une bohémienne le ramasse et indique la somme qu'il contient. Puis prédit la date de la mort d'Hitler ou, selon les versions, de la fin de la guerre. Ici, les scénarii se répètent : une rencontre fortuite avec un "étranger", doté d'un pouvoir de prophétie.
Autre constante : les temps de crise sont particulièrement propices à l'éclosion des rumeurs. N'ont-elles pas prospéré lors des guerres, après la Révolution française – lancée par des francs-maçons disait-on –, ou encore après l'assassinat de John F. Kennedy. "La rumeur de complot naît de l'assimilation ratée ou incomplète d'un événement collectif (…) traumatique", écrit Emmanuel Taïeb. Car il faut "réduire l'incertitude et l'angoisse", en cherchant du sens et un ordre à un événement qui nous dépasse.
Dans ses travaux sur les croyances en la sorcellerie dans le bocage, Jeanne Favret-Saada, anthropologue, identifie le même mécanisme : "Qu'un événement soit douloureux ou violent n'entraîne pas automatiquement un trauma psychique, par exemple quand la douleur était soit attendue, soit intelligible. Quand ce n'est pas le cas, pour les situations de malheur répété et inexplicable, alors une issue consiste à chercher des explications alternatives."
TROP GROS POUR ÊTRE VRAI
Aussi banales que la douleur, les rumeurs ? Celles du 11-Septembre ont toutefois deux particularités. D'une, elles ont trouvé un écho rarement égalé grâce à deux porte-paroles, qui en ont tiré une certaine renommée : en France, Thierry Meyssan et son livre L'Effroyable Imposture, aux États-Unis, Dylan Avery et son documentaire Loose Change.
Mieux incarnées, elles ont aussi été particulièrement radicales. Non seulement en proposant une explication globalisante de l'attentat de 2001, mais surtout en allant jusqu'à le nier partiellement, écrit Emmanuel Taïeb : "le doute méthodique" est alors remplacé par le "dubitationnisme", voire par "une sorte de révisionnisme immédiat".
Si ces contre-théories ont atteint cette ampleur, c'est peut-être, justement, à cause d'un événement si énorme et hors norme. "Une sorte de prisme dont chaque éclat renvoie à un aspect de la "fin" de l'empire américain tel que les Américains se l'imaginaient", analyse Jeanne Favret-Saada.
L'énormité du 11-Septembre tient aussi, selon Frédéric Monier, à sa visibilité : "Les images spectaculaires qui ont immédiatement circulé rendent l'attentat encore plus choquant et insupportable, attisant la quête de vérité et la suspicion." La diffusion gratuite de Loose Change sur Internet suggère aussi le rôle de la toile comme amplificateur de ces rumeurs, où elles circulent plus vite et plus loin.
LA FAUTE AUX MÉDIAS ?
Les médias, en diffusant en boucle ces images mais surtout en relayant directement ces contre-théories – même si c'est pour les dénigrer –, participent donc amplement à leur diffusion. Voire à leur structuration : "Il y a une diversité de thèses et de bruits, isolés les uns des autres. C'est le traitement médiatique qui les regroupent sous le terme de 'la rumeur'", estime Pascal Froissart, sociologue à Paris-XVIII et au CNRS. Selon lui, ce sont d'ailleurs les catégories socio-professionnelles supérieures qui connaissent le mieux les rumeurs, et y croient donc davantage en nombre absolu, car ils lisent plus les journaux.
C'est pourtant bien malgré eux que les médias propagent ces théories, la plupart d'entre eux s'étant employés à les réfuter. En témoigne l'emploi des termes même de "rumeur" et de "théories du complot", "connotés négativement", remarque Pascal Froissart. C'est d'autant plus paradoxal que les médias eux-même sont pris pour cible par ces thèses alternatives. Avec le mythe, explique M. Taïeb, d'une information libre, citoyenne, transparente, qui s'épanouit sur Internet – seule source de l'ouvrage de Thierry Meyssan par exemple – opposée à des "médias placés du côté de la censure", "porte-plumes des versions officielles".
Pourtant, versions médiatiques et contre-théories ne sont pas forcément en compétition. "On regarde bien le JT et son horoscope", lance Pascal Froissart, soulignant la cohabitation, en nous, de plusieurs interprétations plus ou moins autorisées d'un événement complexe. Finalement, les théories du complot constituent, elles aussi, une explication. Au-delà du fait qu'elles soient vraies ou fausses, elles n'en sont pas moins rationnelles, note Jeanne Favret-Saada, et même parfois plus faciles à croire que la version officielle : "Les autorités américaines expliquaient que les avions avaient été détournés à l'aide de couteaux en plastique", se souvient Pascal Froissart.
UNE "CULTURE DE LA CONSPIRATION" ?
Derrière la contestation des médias, les réactions au 11-Septembre jettent la lumière sur une suspicion plus généralisée, envers le discours politique. "Ces rumeurs renseignent plus sur l'état moral d'une société que sur les événements en eux-mêmes", pense Frédéric Monier. Là encore, rien de nouveau au fond : selon l'historien, les détenteurs du pouvoir sont régulièrement soupçonnés de dissimuler des secrets au peuple depuis la fin du XVIIIe siècle. Mais il y a un tournant vers 1979, affirme le chercheur : dans les sondages IFOP, la réponse à la traditionnelle question de la confiance accordée aux hommes politiques reçoit, de manière irréversible, une majorité de réponses négatives.
La cause : une population mieux formée et mieux informée, grâce à la diversification des sources médiatiques, explique M. Monier. Elle prend notamment connaissance de mensonges avérés de l'État, de l'affaire du Watergate aux armes de destructions massives justifiant la guerre de Bush en Irak, en passant par le nuage de Tchernobyl s'arrêtant aux frontières françaises.
En parallèle naît, dans les années 1980 aux États-Unis, une culture populaire friande de soupçons contre l'État, qui s'incarne par exemple dans la série X-Files. Le titre de l'ouvrage de Robert Goldberg, historien américain, parle de lui-même : Ennemis de l'intérieur : la culture de la conspiration dans l'Amérique moderne. Si le 11-Septembre n'a pas lancé ce mouvement, il l'a en tout cas dévoilé au grand jour.
Ces rumeurs sont aussi révélatrices d'un état d'esprit propre à notre époque, qui explique en partie pourquoi "les rumeurs et les idées négatrices seront de plus en plus fréquentes et de plus en plus visibles sur le marché de l’information", selon le sociologue Jean-Bruno Renard, dans un article relayé par le site Conspiracy Watch. Selon lui, "les sciences dures et les sciences humaines ont amené les intellectuels et le grand public cultivé à adhérer au 'relativisme cognitif' (...), c'est-à-dire à l'idée que la connaissance n'est ni objective, ni définitive. Cela conduit les gens à être plus réceptifs à toutes les thèses alternatives aux connaissances communément admises". Et à croire, tendance dangereuse, que toutes les théories – scientifiques ou non – se valent.
Pour ceux que cela intéresse, un groupe d'expression et de soutien à la candidature de Martine Aubry à l'élection présidentielle de 2012 est créé sur Gayattitude.
Par ces temps de neige et de frimas, j'offre au regard de mes lecteurs ce tableau de Pieter Bruegel (dit Bruegel l'Ancien), Chasseurs dans la neige (hiver), 1565, qui fut une de mes émotions lors de mes visites au Kunsthistorisches Museum de Vienne, pendant le mois d'août 2010.
L'année 2010 fut riche en occasions de visiter des villes et leurs musées (deux séjours à Amsterdam, un à Vienne, un à Milan, un à Lyon), en dehors de mes allers et retours à Genève et à La Rochelle. Berlin, Tôkyô et/ou New York sont déjà au programme de l'année 2011.
Une affectueuse pensée et mes meilleurs vœux aux Gayens de ma friendlist !
« Tout bonheur est un chef-d'œuvre : la moindre erreur le fausse, la moindre hésitation l'altère, la moindre lourdeur le dépare, la moindre sottise l'abêtit. » (Marguerite Yourcenar)
« Tout silence n’est fait que de paroles qu’on n’a pas dites » (Marguerite Yourcenar)
Au fond, « choisir de se taire, c'est encore dire quelque chose puisque c'est signifier que l'on ne veut rien dire. Le silence n'est silencieux que sur le fond de la parole possible ». Il est d’une noblesse qui force l’humilité et la contrition, surtout lorsqu’il est une réponse à des paroles qui n’auraient pas dû être dites.
Revenu de Vienne puis de Suisse avant hier soir... Départ demain matin pour Amsterdam. Le maître-chats et moi jouons les prolongations.
Peut-être, si l'envie me reprend de narrer mes voyages et d'agrémenter mes propos de belles photos, écrirai-je quelques articles ici... Sinon, peut-être sera-ce sur mon autre blog, ailleurs, comme j'en ai désormais pris l'habitude – encore que je n'ai pas fini la publication du récit du voyage à Londres de l'an dernier, ni publié les articles pourtant rédigés sur ceux effectués en Italie pendant l'automne ou à Amsterdam cet hiver.
Cela n'a pas beaucoup d'importance (cela en a-t-il d'ailleurs jamais eue ?)...
En 2009, en dehors des familières La Rochelle et Genève, les destinations des voyages furent Naples (avec Pompéi et Herculanum) en février, Londres en août, quelques villes d'Italie du milieu et du nord en octobre (Florence, Ferrare, Mantoue, Ravenne et Bologne).
En 2010, là encore hors Genève et La Rochelle, il y eut Amsterdam à la fin du mois de janvier, une escapade à Lyon en avril. Là, nous partons pour une semaine à Vienne.
Suivront quelques jours d'air pur dans la montagne valaisanne, puis, en septembre, un grand week end à Amsterdam (il conviendra de profiter des derniers jours de l'exposition "De Matisse à Malevitch : les pionniers de l'art moderne en provenance de l'Ermitage" et de la réouverture du musée d'art moderne).